Découvrir l'artiste
En permanence : Musée d'Art Spontané à Bruxelles,
en Belgique Collection de l'Art Brut à Lausanne, en Suisse Galerie Benoot à
Knokk Le Zoute, en Belgique Galerie Jakez à Pont-Aven, en Bretagne Biz'Art-Biz'Art,
dans le Jura.
Tirilly illustrateur : Jean illustre le recueil de poésie
d'Erwan Bargain intitulé Humâlité, Éditions
Caractères. Mais pourquoi n'y est-il pas présenté comme l'illustrateur
de l'ouvrage ?
La signature minuscule de l'artiste sur chaque dessin
et quelques lignes biographiques p.74 ne réparent pas cet oubli.
Vous vous procurerez l'ouvrage pour 15 € aux Éditions Caractères :
7, rue de l'Arbalète 75005 PARIS.
Tirilly entre dans les collections (1)
Tâchons de comprendre pourquoi.
L'enfant adulte
Peintre autodidacte, né en 1946 à Léchiagat, modeste port de
pêche dons le Finistère, Jean Tirilly a exercé de multiples petits
métiers avant de s'essayer aux pinceaux, il y a une bonne douzaine données
Dans sa jeunesse sans télé, c'est par un cirque ambulant que Tirilly
a découvert des animaux différents des vaches en noir et blanc. Les
querelles de clocher, les croche-pieds, la délinquance rurale des voleurs
de pommes, Louis-Charles, l'idiot du village, qui fait peur aux enfants parce qu'il
parle au poteau électrique, toute la vie d'une région et d'une époque
alimente l'imaginaire du jeune Tirilly, qui aujourd'hui interpelle le présent
et noircit sa toile. « Il faut bien mettre la haine
quelque part », lâchait-il récemment devant le spectacle
des attentats. « Moi, je suis de la génération
des lapsus », dit-il encore. Guernica n'a pas arrêté
la guerre, la Nef des fous n'a pas fait vaciller l'Église les êtres
entrelacés de Tirilly ne ramèneront pas le monde à l'enfance.
Tirilly ne peint pas comme un enfant, il est lui-même un enfant, qui peint
comme un adulte.
Le rédempteur
Tirilly extrait ses étranges créatures de l'obscurité d'une touche délicate, filée
et lumineuse. Avec une parfaite maîtrise de l'interaction des couleurs, il pare son
univers de teintes éclatantes. Les « justes » aux corps étirés,
tordus sont exhortées à dévoiler leurs difformités : leurs tourments. Les corps
parfaits, les êtres indignes de rédemption sont renvoyés aux ténèbres.
Tirilly célèbre les stigmates et l'altération physique comme autant de témoignages
d'humanité.
Première rencontre
Nous croisons tous, au cours de notre existence, une multitude d'hommes et de femmes,
mais, parmi toutes ces rencontres, peu s'avèrent réellement déterminantes
et décisives. Aussi, quand, comme moi, on a la chance, au gré des hasards
et des coïncidences, de se lier d'amitié et de tutoyer un génie,
on souhaite évidemment le hurler sur les toits. C'est aujourd'hui, ce que
je fais
Je me souviendrai, ainsi, toute ma vie de ma première rencontre avec Jean Tirilly. C'était en 1998, à Camaret. Une exposition lui était consacrée. Journaliste en manque d'inspiration, j'avais demandé à lui parler afin d'écrire un article sur son uvre. À l'époque, je ne connaissais absolument rien de lui et n'avais aucune idée de ce qu'il peignait, de son style, ni des ses obsessions. Je m'étais uniquement fié à mon instinct et, il est vrai, à quelques bruits de couloir, dithyrambiques, qui présentaient Jean comme un artiste hors du commun. Étant persuadé d'avoir la science infuse, ces rumeurs, plus que favorables, ne me faisaient ni chaud, ni froid, et, insouciant, je me rendis donc à la galerie.
À partir de là, mon existence s'en trouva bouleverser. Dès que j'ai découvert ses toiles, j'ai, en effet, aussitôt compris que j'étais en face d'un génie. Il me semble impossible et dérisoire d'expliquer ce que j'ai ressenti. Sa peinture se passe de commentaires, elle se vit, se lit, s'écoute, mais elle ne saurait se résumer à de simples mots.
Alphabet imaginaire où résonnent les silences et les nondits, son univers, onirique, peuplé de personnages fantomatiques et asexués, véhicule mille émotions à la seconde, difficile à canaliser. Trempant son pinceau dans la matière humaine, Jean peint ce que nous étions, ce que nous sommes, ce que nous serons. Il conjugue l'existence à l'éternité, décompose le présent, avant qu'il ne soit imparfait, épelle les maux, surtout s'ils sont mal orthographiés, et applique ses propres règles à la grammaire de l'esprit. Dans un même élan, le singulier devient pluriel et le pluriel, singulier, réconciliant l'Un avec l'Autre, l'homme avec lui-même, malgré ses paradoxes et ses ambiguïtés. Car l'uvre de Jean est à l'image de l'Homme, à la fois dense et inépuisable, et donc, par la force des choses, essentielle. Et si l'idée de mort est bel et bien présente, comme dans toute création artistique qui se respecte, elle n'est ici que l'écho du désir et de la nécessité d'exister. Ses toiles ne sont point de funestes carnavals mais, au contraire, des hymnes à la vie et au sentiment d'urgence qui en émane. Chaque coup de pinceau, chaque parcelle de couleur traduit la fulgurance de l'Être, les états de l'âme et du corps, les secrets qui résonnent comme d'assourdissants silences, comme des vieilles gamelles. La lucidité, la conscience de soi est une maladie que Tirilly apprivoise, transcende, et affame en s'en nourrissant.
À notre époque d'arrivisme mondain et d'aseptisation de la pensée,
d'uniformisation des rêves et de culture mâchée, rares sont les
artistes de sa trempe, rares sont les génies. Et tant pis pour ceux qui n'y
croient pas, qui rient de cet éloge et de cet avis, mais j'écris ce
que je pense et je suis en vie.
Peintre de l'invisible et du non-dit
Depuis plus de 12 ans, Jean Tirilly explore les profondeurs de l'âme humaine. Son
uvre, libertaire et intimiste, s'inscrit dans le temps, créant un alphabet
de l'individu, à la fois cérébral et vital, expression d'un imaginaire au mouvement
perpétuel. Armé d'un pinceau double zéro qu'il trempe dans les entrailles de son
imaginaire, Jean Tirilly s'est inventé un langage personnel où les formes et les
couleurs s'extirpent de la masse. Peintre de l'invisible et de l'intériorité, de
l'impalpable et des silences violents, il construit son œuvre sur le temps, exprimant
l'âme de l'enfant.
« Quand tu es enfant, tu accumules en toi tous les non-dits, tous les poncifs des adultes. Or l'artiste doit montrer ces non-dits, ces ombrages qui font partie de son environnement, explique-t-il. L'artiste doit montrer l'invisible, car la vie ne s'arrête pas à ce que l'on voit. »
Individualité
Exprimer ce que l'on ne voit pas, ce que l'on ne dit pas, toutes ces choses enfouies
en chaque être, mélange de joies et de douleurs, de rires et de pleurs. Tirilly peint
l'humain, avec un évident souci de franchise. Et c'est sans doute cela qui effraie
l'œil non averti :
« L'art insipide a été généré par la masse, alors
que l'individu, seul, est magnifique. Et c'est cela qui m'intéresse, toucher et émouvoir
l'individu en tant que tel. Or, quand je peins, c'est mon imaginaire et mon temps
personnels que je pose sur les toiles. Mon meilleur profil ne m'intéresse pas, je
travaille au spasme, et c'est peut-être ça qui déroute les gens, être confronté à
l'individualité. »
Chaman
Avide de mots et de paroles, Jean Tirilly est un « écrivain frustré ».
Sa peinture est pour lui un alphabet, un langage qui l'aide à tenir debout :
« Je ne peins pas pour m'amuser, mais par nécessité.
Mon art est une psychothérapie, il m'est vital. Si je n'inclus pas un miracle dans
ma peinture, alors je crève. Or, la seule chose qu'il me reste, c'est le temps. Je
travaille donc sur la durée et ma peinture est une chronologie, une saga. »
Une chronologie qui s'étale, pour le moment, sur plus de 300 tableaux, intitulés Codex.
« La peinture est un peu comme une graine, tu ne sais pas ce qu'elle va donner tant qu'elle n'a pas poussé. Elle exprime ce que je suis vis-à-vis du Tout. Ma vie est une uvre indéfinie, qui consiste à être à l'intérieur des choses. J'ai toujours peint pour moi, pour m'exprimer, pour me transcender. J'ai encore beaucoup de choses à dire, et tant que j'aurai des choses à dire, je continuerai. »
Jean Tirilly n'a pas fini de peindre ni de dévoiler son âme au regard d'autrui,
soignant, par cet acte, ce mal si humain qui le tenaille.